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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 16:24

 

Basculement linguistique

 

Je voudrais essayer de modéliser et compiler tous les facteurs qui suscitent le basculement linguistique, qui font qu'une personne ou un groupe de personnes passe à une autre langue, comme ce fut le cas en Irlande, exemple que je connais le mieux.

 

L'immigration

 

Tout d'abord, le cas le plus simple, celui de l'immigration : si ceux-ci s'intègrent dans un pays qui possède son unité, ceux-ci tendent à s'assimiler. Pour se faire comprendre de la majorité, il paraît évident qu'il faut en apprendre la langue. Si les immigrés n'y parviennent pas, il est cependant certain que leurs enfants seront amenés à apprendre la langue de leur terre d'adoption. Tout dépend du degré d'organisation sociétal de ce territoire. Plus un groupe d'immigrés peut vivre dans son propre système, plus il a de chance de pouvoir le pérenniser. Ainsi les colons qui sont arrivés dans les colonies américaines des futurs Etats-Unis ne se sont pas mélangés avec les populations autochtones (amérindiens) mais ont établi leur propre communauté en parallèle avec ce que l'on peut appeler son centre sociétal (ensemble de valeurs, et de caractéristiques qui fondent l'identité, la cohésion d'une société : langue, lois, organisation...). Ils n'avaient donc pas à s'adapter à une communauté existante possédant sa langue propre, mais ont plutôt créés leur propre société avec ses représentants spirituels (prêtres, pasteurs...), ses représentants politiques et militaires, ses commerçants... On peut également penser aux juifs qui ont longtemps su garder leur spécificité (enseignement religieux, mariage uniquement à l'intérieur de la communauté, enseignement d'une langue, d'une tradition, d'une histoire de la communauté). Le mélange, la coexistence dans un même lieu tend à harmoniser les pratiques et les mœurs à moins d'une forte volonté de ne pas s'assimiler.

 

Deux approches de la colonisation en Irlande

 

Deux exemples pour montrer que l'immigration peut déboucher sur deux résultats complètement différents. En Irlande, des Anglais se sont installés après l'annexion de l'Irlande en 1171. Lire la suite en cliquant ici.

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commentaires

lafrancecolonisee.over-blog.com 29/09/2011 00:37



madame Walter donne dans le genre tout va bien. Si vous voulez vous pencher sur un livre bien pire dans le genre, je vous conseille "Conversation sur la langue française" de Pierre Encrevé et
Michel Braudeau, chez Gallimard, naturellement.


Des livres qui combattent en faveur de la langue : "Pourquoi veulent-ils tuer le français? de Bernard Lecherbonnier, chez Albin Michel. tous les livres de Calude Hagège, ne particulier "Combat
pour le français, chez odile Jacob, et un livre qui a déjà vieux de vingt ans, "La colonisation douce", de Dominique Noguez, chez Arléa. mais, bien sûr, ce sont des livres de référence, et vous
les connaissez sans doute.


Bon courage pour votre combat, notre combat !


Salutations, M-P. P.



Marc Beaufrère 16/10/2011 10:40



Bonjour,
merci pour votre réponse. Oui, je comprends ce que vous voulez dire concernant Mme Walter. Cependant, ses livres sont très instructifs, il y a une "foultitude" de détails intéressants et amusants
et ils constituent des livres très abordables pour qui s'intéresse à la linguistique et à l'histoire des langues. Concernant les livres de défenseurs du français, je m'en méfie au plus haut point
surtout lorsqu'ils sont dans la dénonciation. Par conséquent, j'ai décidé de faire l'impasse sur les livres de Claude Hagège (dont je partage pourtant le combat) car le diagnostique, on le
connaît déjà, tellement il est martelé par les défenseurs du français : l'anglais est partout, il écrase le français. C'est tellement répété qu'à mon avis, cela a l'effet inverse de celui voulu :
on ne retient pas le combat mais la situation soi-disant désastreuse du français, car pour crier au danger, on ne cite que ce qui va mal pour illustrer le propos. Que l'anglais soit là, certes,
mais ce n'est pas la fin du monde. Plutôt que de combattre l'anglais et de se positionner systématiquement face à lui, je pense qu'il faut faire connaître les succès du français (ils sont
nombreux), sa richesse culturelle qui ne s'arrête pas aux années 60 avec les éternels (et qu'on ne va pas écouter toute sa vie) Brel, Brassens, Ferré. Marre de ces 3 là qui sont la sainte trinité
de la francophonie en déclin. Je suis donc pour une francophonie optimiste, dynamique, et il ne tient qu'à nous de donner aux autres envie de francophonie, car plein de gens sont des francophones
qui s'ignorent (pratiquants sans le savoir !). Un exemple : pour parler du recul du français, on parle constamment du Rwanda (je pense à un article de Claude Weisz sur le site d'ALF, avec des
amis comme ça, pas besoin d'ennemis!) qui a adopté l'anglais comme langue officielle supplémentaire, on en conclue que toute l'Afrique n'attend que de basculer à l'anglais, et on frise la crise
cardiaque. Déjà : ils font ce qu'ils veulent, ce sont des peuples souverains et ce n'est pas par la contrainte que quoi que ce soit se passera. Je préfère un pays anglophone par choix, que
francophone par la contrainte. Sauf que ce n'est pas le cas ! Ensuite : le Rwanda a rajouté l'anglais à la suite d'une guerre, mais si vous regardez du côté des bonnes nouvelles (voir mon article
sur l'Afrique de l'Est), l'anglais a été éliminé des langues officielles de la RDC et de Madagascar, et on pousse à l'adoption du français en Afrique de l'Est. Il faudrait s'en faire le relai !
Savoir proposer une vision dynamique dont on ira chercher les bons exemples plutôt que de chercher tout ce qui ne marche pas car cela ne fait que propager la vision décliniste du français. Je ne
dis pas qu'il ne faut pas faire le bon diagnostique, mais il faut savoir tout regarder et être force de proposition, et à ce propos, je vous conseillerais plutôt de lire "Le Français face à la
Mondialisation" d'Yves Montenay si vous ne l'avez pas déjà fait, vous verriez tout ce qu'il y a possibilité de faire avec quelques bonnes idées. En plus, ce qui est agaçant chez tous ces auteurs,
c'est qu'ils ne citent pas les raisons du recul du français quand il a lieu, si bien que l'on finit par croire que c'est parce que "les gens" (supposément) le veulent, et à force de le répéter,
les gens (les vrais, pour le coup) finissent par se dire : "puisque le français est en recul, comment se fait-il que l'on apprend le français ?" Et voilà comment obtenir le résultat inverse de ce
que l'on désirait. Donc ma réponse : parlons de ce qui marche, faisons-le connaître ! Regardez, on a inauguré la Maison de la Francophonie à Paris, et pas un mot dans la presse là-dessus ! (Vous
pouvez chercher, on ne trouve qu'un article suisse sur la question) Par contre, les échecs du français sont repris en boucle ! Comment voulez-vous !? Enfin vous me direz ce que vous pensez de mon
petit coup de gueule. Bon dimanche en attendant !



lafrancecolonisee.over-blog.com 24/09/2011 23:05



Il faut tout de même se méfier des théories de madame Walter. Ne trouvez-vous pas? Connaissez-vous le livre de monsieur Lecherbonnier "Pourquoi veulent-ils tuer le français?" chez Albin Michel ?


salutations



Marc Beaufrère 26/09/2011 18:27



A quoi faîtes-vous référence en parlant des théories de Mme Walter ?


Non, je n'ai pas lu ce livre, ça doît être intéressant, j'y jeterai un oeil quand j'aurai le temps. Salutations francophones !



Asteur Amérique 05/09/2011 02:51



Bonjour,


Il est certain que dans le cas des treize colonies les choses ont été "sportives" mais elles n'ont pas été simples n'ont plus. Les accords entre les colonies et les nations iroquoises par exemple
ont durée longtemps et elles étaient pour parties garanties par le roi d'Angleterre. Ils ne faut pas oublier non plus que "thanksgiving" célèbre l'aide amérindienne aux premiers colons. Mais il
est vrai que les relations ont été souvent plus dures ; rien d'équivalent aux Méchifs à ma connaissance dans les treize colonies, mais il faut dire que l'immigration était très familiale,
religieuse, agricole et que les gens n'avaient probablement pas le même esprit d'aventure et de liberté (d'esprit) que les coureurs des bois. Ensuite, la conquête de l'Ouest n'a fait qu'empirer
les choses mais c'est surtout au XXe siècle finalement que les cultures et les langues amérindiennes (comme le français d'ailleurs) ont souffert le plus. Car c'est à ce moment là que les
interdictions de parler les langues, la création d'internat pour jeunes amérindiens, etc. ont été mise en place. On retrouve les même procédés au Canada ou au Brésil, par exemple, avec partout
les mêmes "générations perdues", celles qui n'ont pas pu transmettre les langues et les cultures amérindiennes parce qu'elles ne les avaient pas reçues.


Pour la situation du français en Louisiane, le mieux que je puisse faire est de vous renvoyer vers cet article: http://www.asteur-amerique.org/?Le-francais-en-Louisiane


Pour la situation du français dans le Vermont, je ne la connais pas très bien mais il semble que certaines villes et communautés fassent en sorte de renouer avec leur héritage francophone pour
des raisons (essentiellement) touristiques : le Québec n'est pas loin.


Amicalement.


ps: si vous vous voulez "voir" un méchif - qui est décrit de façon abusive comme Québécois sur la jaquette - je vous conseille de voir ou de revoir le film "mon nom est cheval". Un des grands
western "pro" amérindien qui est sorti la même année que "Little big man" avec Dustin Hoffman et qui tente lui aussi de montrer les relations complexes qu'on pu entretenir les colons, les
Amérindiens, l'armée, l'ambition de certain, l'influence de politiques lointaines, les conflits au sein ou entre les nations amérindiennes, etc...



Marc Bf 09/09/2011 22:51



Ce que j'ai gardé de mes cours de civi américaine, c'était, pour les futurs USA, beaucoup de morts, des déportations (Président Jackson, dans les années 1820 déjà), des traités constamment
bafoués. J'avais bien appris que le roi d'Angleterre avait interdit aux colons de s'établir vers les Appalaches, vers l'Ouest, mais que dans les faits, beaucoup de colons avaient passé outre et
qu'ils trouvaient facilement des prétextes pour pousser les amérindiens à bout puis pour les massacrer une fois qu'ils se faisaient attaquer. Et ça c'était avant l'indépendance, donc au XVIIIe.
Ca ne m'avait donc pas laissé une très bonne impression par rapport à la colonisation française du Saint Laurent qui m'avait semblée moins "sportive" pour reprendre votre terme ! Il y a quand
même des modèles de colonisation différentes quoi qu'on en dise : il suffit de voir à quel point les sociétés sud-américaines sont métissées (amérindiens, africains et européens). Ceci dit, je
sais que les français n'étaient pas les champions du métissage dans les Antilles non plus... mais en ce qui concerne la différence entre la colonisation française autour du Saint Laurent et
l'anglaise dans les 13 colonies, je crois qu'il n'y a pas photo : il y a eu bien plus de métissage du côté de la colonisation française, qui s'est plutôt apparenté à un protectorat militaire sous
lequel vivait aussi bien les amérindiens qui acceptaient l'autorité de la France, que des petits "percherons" français (du nom de la région du Perche dont sont originaires une grande partie des
premiers québecois).


A bientôt pour continuer cette discussion peut-être...! (Et merci pour les références.)



Asteur Amérique 02/09/2011 14:26



Bonjour,


Quand vous dites que les Européens n'ont jamais parlé de langues amérindiennes, c'est faux ; en tout cas en ce qui concerne le Canada et les états du Nord des Etats-Unis. Pourquoi ? Parce que la
colonisation de cette région a été faites dans un premier temps par les fameux coureurs des bois, des hommes solitaires ou en petits groupes, qui voyageaient de façon illégale dans ces régions
mal-connues pour y faire le trafic des peaux. Comme ils étaient minoritaires, comme vous le montrez par ailleurs, ils étaient donc forcément en relation avec les nations amérindiennes qui y
vivaient. Ils en parlaient les langues à la fois pour commercer et accessoirement pour rencontrer les amérindiennes et vivre avec elles au gré et selon les aléas de leurs voyages.

Dans l'Ouest canadien, ce fait n'est pas marginal et à pris une ampleur considérable à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. Les Méchifs, autrement dit les Métis, sont les
descendants de ces contacts et de la culture qu'ils ont créé. Une culture qui repose sur des langues hybrides qui mélangent mot français (voire anglais ou écossais) et syntaxe des langues
amérindiennes.

Louis Riel, le "père du Manitoba" et le héros-martyre de la Saskatchewan a été le grand homme de cette culture et son souvenir y est toujours présent surtout dans les communautés francophones qui
entretiennent des liens étroits avec les Méchifs. Dans le sud de la Louisiane, c'est pareil. Les milliers d'esclaves africains ont apporté leurs langues avec eux qu'ils ont mélé au français, à
l'espagnol ou à l'anglais pour donner le Créole. Les Houmas parlent un français mélangé au Choctaw, leur langue d'origine.

Ainsi, tous les immigrants ne se sont pas assimilés de façon complète et surtout sans traces à l'ensemble anglophone des Etats-unis. L'état (le continent) est suffisamment grand - un de vos
facteurs de préservation - pour que des poches linguistiques existent. Penser par exemple au Pennsylvania dutch des Amish des Appalaches, au français en Louisiane, dans les Bayous, ou en
Nouvelle-Angleterre. Là, outre l'espace, ce sont, comme vous le soulignez, généralement de forts liens religieux ou sociaux (pauvreté) et donc des communautés assez fermées sur elle-même qui ont
permis ce maintien, un peu à la façon de l'hébreu et du Yiddish au sein des communautés juives.


Pour finir, la situation linguistique sur le continent est en train de changer. Même si l'anglais reste la langue hypercentrale, la promotion du multilinguisme se fait de plus en plus forte.
C'est ce qui explique les nouvelles mesures prisent en Louisiane ou dans certaines villes du Vermont en faveur de la langue française. En Louisiane, selon un processus assez similaire à ce que
vous écrivez pour le gaélic en Irlande. Autre exemple, le sénateur Leland Yee de Californie communique sur son sitoile en six langues
(http://dist08.casen.govoffice.com/index.asp?Type=B_BASIC&SEC={B0DA776F-4B76-4A1A-8E8A-E9613977FBE1}) et plus fort encore, les Territoires du Nord-Ouest ont onze langues officielles dont neuf
langues amérindiennes (http://www.asteur-amerique.org/?Onze-langues-pour-un-territoire).


Amicalement.



Marc Bf 04/09/2011 16:00



Merci pour votre commentaire très intéressant, je ne connaissais pas le terme de "méchif". Cependant, concernant votre reproche, il est vrai que j'ai peut-être été un peu trop généraliste lorsque
je dis que


"les immigrés aux Etats-Unis n'ont jamais parlé les langues amérindiennes"



cependant, je me situais cependant dans le contexte des 13 colonies lorsque je disais cela, celles qui allaient fonder les Etats-Unis, et, bien sîr on ne peut pas dire jamais, il y a des
individus qui font exception, mais dans le cas des Etats-Unis, il y a plutôt eu destruction des sociétés amérindiennes, qui ont souvent été déplacées, massacrées et non pas mélange. Par contre,
j'étais tout à fait au courant du mélange concernant la colonisation française et les coureurs des bois depuis ma lecture d'Histoire de l'Amérique française (de Havard et Vidal). Non seulement
peut-on parler des coureurs des bois mais également des immigrés qui se sont installés de façon sédentaire le long du Saint-Laurent. Dans ce livre, les auteurs montrent comment les amérindiens
favorables aux français se sont installés près des villages de français, sous la protection des forces armées françaises ("pax gallica") et comment les populations se sont facilement mélangées à
tel point qu'une très grande proportion de québecois actuellement avaient une double ascendance amérindienne et française (je n'ai pas retrouvé la proportion citée dans ce livre, celui-ci est
bien trop long, mais c'était quelque chose comme les 2/3 je crois). Le modèle de peuplement et colonisation a donc été tout à fait différent concernant les 13 colonies ou autour du Saint Laurent.


Je serais curieux d'en savoir plus sur la situation du multilinguisme actuellement au niveau du Vermont, voire aussi de la Louisiane.


Merci encore pour votre commentaire éclairant et instructif.