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  • : Le site qui fait le point sur la situation de la francophonie
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  • : Ce site a plusieurs vocations : - faire le point sur la situation du français - donner des informations et des réflexions sur le français - partager des découvertes francophones d'à travers le monde
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Discussion avec Mutur Zikin sur la situation du français face à l'anglais et face à des langues minoritaires :

Bonjour,
votre site est très intéressant et pose de nombreuses questions (que je me pose aussi!).
Cependant, votre diagnostic sur la mort du français me semble erronné, du moins pour l'instant. On ne change pas la langue d'un pays à coup de décret, c'est tout à fait vrai (d'ailleurs, savez-vous qu'aux Etats-Unis, à l'indépendance, ils ont failli opter pour l'Allemand car près de la moitié de la population le parlait ?), mais cela s'applique aussi au français si on le considère comme une langue minoritaire ; en effet, des millions de personnes en France n'ont pas besoin de l'anglais pour leur vie de tous les jours, seuls ceux travaillant à l'international avec des anglophones en ont vraiment besoin.
En ce qui concerne l'Afrique : effectivement, beaucoup de gens doivent parler français et se dire qu'ils pourraient tout aussi bien parler anglais. Encore faut-il s'en donner les moyens et le poids de l'habitude est fort. Au Rwanda, c'est d'autant plus facile que tous leurs voisins sont anglophones, c'est exact. Mais en Algérie, le pays a beau avoir voulu imposer l'arabe dialectal à toute sa population, le français a réussi à se maintenir car il y a une "demande" de la population (paraboles), une habitude de parler français, des universités qui fonctionnent en français. Même les élites envoient leurs enfants dans des lycées français tout en critiquant la France (jusqu'à 2007 en tout cas, où Bouteflika a adouci le ton).
La situation du Québec, que vous devez bien connaître, est différente, il est vrai, car un grand espace anglophone entoure le Québec. C'est donc la langue de dialogue avec l'extérieur par excellence, et c'est normal. Mais comme vous le dîtes : connaître le français et apprendre l'anglais, c'est très bien.
Ensuite un facteur joue partout : les institutions telles que l'école, les entreprises, etc... ont leur vie dans une langue. Les personnes qui s'y intègrent ne peuvent obliger tous les cours ou le travail à se dérouler dans leur langue d'origine, sauf par la force bien sûr.
Ensuite, j'aimerais faire remarquer que l'histoire est un ensemble d'aller et venue entre la diversité et l'uniformité : regardez l'empire romain qui avait imposé le latin dans beaucoup d'endroit. Il est resté dans certain (Portugal, Espagne, Italie, France) mais s'est diversifié, dans d'autres il a été effacé par d'autres langues. Des spécificités naissent dans des endroits homogènes et l'histoire trouve toujours des petits détours amusants. L'anglais semble être la langue dominante (et c'est d'autant plus vrai depuis la fin de la guerre froide), reflet de la puissancfe économique et politique de ses locuteurs. Mais déjà on voit poindre le chinois. Bien sûr, on parle de langues internationales à chaque fois, et cela touche une élite et non pas une vaste population. Toute l'Europe (des élites) parlait le français au XIXe siècle, même le tsar parlait en français avec son entourage, qu'en reste-t-il ? L'histoire a plus d'un tour dans son sac.
En ce qui concerne le français en Europe, il est assez mal en point au niveau du nombre de locuteurs mais est dans une situation tout à fait enviable pour l'avenir : 15 des pays membres de l'Europe appartiennent à la francophonie et ses capitales sont toutes francophones : Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg. De plus en plus de fonctionnaires européens apprennent le français, qui est lui-même la première langue étrangère apprise dans les îles britanniques.
Quant à la diversité, on a parfois peur de l'uniformisation mais on se rend compte que dans le réel, la situation est beaucoup plus complexe : retour de la langue galloise au Pays de Galles après 800 ans en position de minorité linguistique, affirmation linguistique et politique du catalan, etc... et même lorsqu'il n'y a pas de diversité, celle-ci se crée : guerres civiles, effondrement des empires (union soviétique qui écrasait tous ses sattelites et que l'on pensait voir durer encore longtemps dans les années 80), affirmation des particularismes, etc...
Bien cordialement
Commentaire n°1 posté par Marc Bf il y a 4 jours à 13h44

À Marc. Je vous remercie de ce long commentaire. C’est toujours bon de susciter le débat. Je vois que nous n’avons pas toujours la même approche envers le français. Je veux vous signifier que pour moi, l’important n’est pas la survie du français, au contraire. Je pense que les grandes langues se font la guerre, mais c’est une guerre de riches (des millions de locuteurs), une guerre d’enfants gâtés (centaines d’universités ou collèges, bibliothèques gigantesques, …etc.).

J’ai longtemps été un farouche défenseur de la langue française, milité pour l’exception culturelle du Québec. Puis mon approche a radicalement changée quand je me suis aperçu qu’autour de moi, lorsqu’il était question des droits des francophones, toutes les personnes s’ouvraient à moi, mais quant aux droits des autochtones, le mépris était toujours sous-jacent après des décennies (quoique les nouvelles générations de Québécois soient de plus en plus tolérantes mais malheureusement de plus en plus indifférentes). J’ai aussi été surpris de constater le deux poids, deux mesures. On dénonçait le deux poids, deux mesures envers les Anglais (les Canadiens anglais), mais quand venait la question autochtone, ces derniers pouvaient aller don chié (expression québécoise qui ne nécessite pas de traduction).

Ici, l’indifférence dans laquelle l’algonquin meurt est abyssale. Pour vous donner un exemple, en 2008, j’ai organisé avec l’aide d’un organisme une conférence sur Les relations interculturelles entre autochtones et non autochtones dans ma ville, et, sur une population de 40000 habitants, seulement une trentaine de personnes sont venues dont 10 immigrants et 20 Québécois pure laine. (Il y avait même un buffet gratuit en plus ) Autant vous dire que ce que j’avais déjà constaté était ainsi confirmé. Il existe des linguicides partout autour de nous et tout le monde s’en chrisse (fout). Ça c’est le combat que j’ai choisi et qui méritera toujours toute mon attention (confère mon site).

Pour en revenir à votre commentaire, votre constat est juste comme beaucoup d'Européens. Cependant, je voudrais mettre en perspective le caractère sociolinguistique d’une langue. Même si les institutions, le caractère officiel, et l’histoire du français font que cette langue détienne un certain prestige assez stable, la tendance au niveau mondial est catastrophique, même si cela m’indiffère un peu. L’affecte d’une langue est très important. Si l’Europe francophone et le Québec ont un rapport presque intrinsèque avec cette langue, en Afrique, il en est tout autre. Il suffirait d’une génération ou deux pour que le français disparaisse d’Afrique alors qu’il faudrait peut-être 300 ans ou plus pour qu’il disparaisse d’Europe dans des conditions optimales d’assimilation.

Autre impression personnelle, il y a tout juste 15 ans, quand je suis allé au Brésil, personne ne parlait anglais. Et maintenant, la situation a changé, l’anglais est partout omniprésent. Je n’ai plus besoin d’apprendre le portugais pour visiter le Corcovado, il y a 15 ans, oui. Et pourtant, le Brésil, pays continent de 180 millions d’habitants, n’a pas besoin de l’anglais dans son quotidien. L’anglais est en train de devenir la langue pour la planète et selon moi, jamais le chinois ne pourra compétitionner, ni même essayer. Pour, il y a deux raisons, le chinois est concentré dans un seul pays (sauf Singapour et Taiwan) et il ne fait pas partie des langues indo-européennes parlées par 2.5 milliards d’habitants. (Voir la carte).

De nos jours, on peut le voir à moitié vide ou à moitié plein. Moi, à travers le monde, même au Canada, je vois un verre qui se vide inexorablement, l’attirance vers une langue forte (caractéristique sociolinguistique majeure) a raison du plus faible. Si depuis la Première guerre mondiale jusqu’au années 1990, l’anglais à pris de l’expansion avec la force culturelle et économique de États-Unis, depuis une vingtaine d,années, la raison est tout autre. Le monde se met à l’anglais parce que toute l’Asie, avec plus de 60 % de la population mondiale totale, a décidé de se mettre à l’anglais.

Pour exemple, l'intercompréhension écrite entre le chinois et le japonais est possible à divers degrés mais pour autant, quand un Japonais rencontre un Chinois, ils utilisent l’anglais (je suis allé deux fois au Japon et l’atteste). Je pense que le français sera encore vivant d’ici 200 à 300 ans, après je ne sais pas, mais en ce moment, selon moi, il est en train de prendre le plus grand revers de son histoire linguistique alors qu'il approche de son apogée. D'où le titre de l'article. (Ce sont mes longs séjours à l’étranger qui me font voir un changement radical, mais cela reste que des impressions)

Cordialement

Réponse de Mutur Zikin il y a 4 jours à 21h06
Vous avez des points de vue intéressants et argumentés, c'est agréable ! Je me permets de vous répondre ;
Concernant les langues minoritaires : malheureusement, la tendance actuelle est à l'uniformisation et les langues correspondent à un lieu de vie dans lequel les interdépendances sont fortes. Une société qui vit en autarcie ou qui est relativement autonome n'aura pas la nécessité d'apprendre une autre langue. Si en Papouasie, comme vous le soulignez dans d'autres articles, autant de langues ont et coexistent encore, c'est sans aucun doute parce que les habitants passaient toute leur vie dans un périmère restreint avec assez peu de dépendances avec leurs voisins (j'avais lu un article là-dessus : les femmes se mariaient à la rigueur dans les vallées voisines, mais pas plus loin, ce qui nécessitait de connaître un ou deux dialectes (variantes de la même langue) en plus du sien, mais c'est tout). Dans les grands pays où les brassages de population sont importants, l'unité linguistique est forcément plus nécessaire. Il n'est donc pas étonnant qu'aux Etats-Unis, une langue ait été adoptée pour tout l'ensemble des états membres et qu'elle s'y soit répandu avec succès.
Que le Brésil ait adopté l'anglais comme langue seconde privilégiée ne me pose aucun problème et tout le monde peut bien le faire, de toute façon, ce n'est pas ça qui augmente beaucoup le nombre de locuteurs de langue maternelle anglais (sauf s'ils émigrent dans un pays où la vie peut se faire en anglais). Et en ce qui nous concerne, cela ne nous empêche pas de continuer à vivre en français là où nous vivons, donc cela ne change pas grand chose. Notons que l'enseignement de l'espagnol est devenu obligatoire au Brésil également et celui du français obligatoire dans l'état de l'Amapa, voisin de la Guyane.
Votre pessimisme quant à la situation du français est peut-être valable pour le Québec, pays dont je ne connais pas la situation très bien, mais je ne serais pas  aussi pessimiste pour l'Europe. Au niveau institutionnel, il est vrai, l'anglais a gagné la bataille de l'Europe pour l'instant. Je vous invite cependant à suivre un mouvement de fond qui s'amorce, avec par exemple les interventions de Jean-Pierre Raffarin (représentant spécial de Nicolas Sarkozy à la francophonie) au niveau européen.
Ensuite, au niveau de la population, il existe un "front linguistique" au niveau de la Belgique : la région capitale est francophone et se situe au milieu d'une région flamande et les municipalités sont obligées de légiférer pour que les gens parlent et affichent en flamand dans les territoires flamand pour éviter ce qu'ils appellent "l'effet tâche d'huile" (le fait que les flamands s'adaptent plus au français autour de Bruxelles que les français au flamand). Rien de tel ne se passe pour l'anglais en Europe.
Concernant l'Afrique, je vous invite à consulter le dernier rapport "la francophonie dans le monde" publié par l'OIF (Organisme International de la Francophonie) qui note une nette augmentation à la fois du nombre d'apprenants du français et de ses locuteurs, notamment en Afrique subasaharienne et afrique du Nord et Moyen Orient (seulement parmi les membres de la francophonie, l'Algérie n'est donc pas mentionnée). Changer de langue n'est pas un acte anodin qui se fait du jour au lendemain. Une dynamique d'expansion du français en tant que langue d'usage (pas forcément maternelle) y est en marche pour le français (notamment au Gabon (+ de 75% de la pop), au Cameroun, Côte d'Ivoire, Togo, Bénin (+ de 50 %), etc...). A terme, un espace francophone très vaste (la moitié de l'Afrique) est amené à voir le jour, avec des endroits où il s'impose en tant que langue maternelle, d'autres en tant que langue véhiculaire privilégiée. D'ores et déjà, le français est davantage parlé en Afrique qu'en France. Bien sûr, en France et au Québec, cette situation est éclipsée par notre situation, celle de l'anglais qui semble omniprésent, ce qui nous rend pessimiste pour ailleurs.
Bien sûr, aussi bien la situation de l'anglais au niveau mondial que la situation du français au niveau africain ne sont que des prospectives à partir de tendances actuelles fortes, tendances qui peuvent s'essoufler, changer, etc...
Mais combien de fois ai-je déjà dû corriger les idées des gens quant à la situation du français. Encore aujourd'hui, j'ai discuté avec des amis de mes parents qui ignoraient que le français était parlé en tant que langue maternelle dans certains pays africains, et qui pensaient également que le français avait disparu d'Algérie (ce qu'on essaie de nous faire croire).
Pourquoi ces idées : à force de prendre les informations qu'on nous donne, plutôt que d'aller les vérifier, on croit ce qu'on nous dit... et qu'est-ce qu'on nous dit sur l'anglais...?
En ce qui me concerne, je cherche à 1) corriger les idées reçues pour que 2) on puisse en tirer les bonnes conclusions. Nous n'avons pas à rougir de parler français.
Quant aux langues minoritaires, c'est effectivement, et sans doute malheureusement, la préoccupation de peu de personnes. Moi, je défends déjà ma langue mais je comprends que chacun défende la sienne, et je le respecte. Je crois comprendre que vous avez dans votre coeur le basque, et en ce qui me concerne, quand j'étais jeune, je voulais que toutes ces langues disparaissent (j'avais peur que la France éclate en morceaux) mais à présent, je vous rejoins et souhaite que les gens qui le souhaitent puissent non seulement parler basque mais vivre en basque, c'est-à-dire que les institutions le leur permettent en leur fournissant également des informations dans cette langue (en pays basque, bien sûr, pas chez moi en Normandie, je veux qu'on parle le patois,  ).
Commentaire n°2 posté par Marc Bf il y a 3 jours à 16h41

Merci, je ne doute pas que le français s’en sortira comme vous me l’avez si gentiment exprimé. Vos arguments sont fondés et intéressants. C’est logique que la Guinée Bissau ou la région la région d’Amapá se mettent au français, mais quand la Chine, l’Indonésie ou le Vietnam se mettent à l’anglais, c’est une autre game. Quant au Brésil, s’ils apprennent l’espagnol, c’est surement politique, la demande pour l’anglais est bien plus grande. Même les tunes de Shakira sont dans la version anglaise.

Le français va, à mes yeux se maintenir et progresser en nombre de locuteurs mais il n’y aura plus deux langues internationales. L’Asie ne se mettra pas au français, c’est une culture et une langue difficile pour eux. C’est aussi ce continent qui décide quelle langue parler et pour l’instant le consensus de choisir la langue anglaise est clair.

Autre sujet : quand il y a quelques années, j'ai entendu Louise Baudouin, qui est la porte parole du PQ pour les relations du Québec dans la francophonie, relayer le discours de l'ouverture culturelle et les solutions pour contrer l'américanisme primaire, je suis tombé su’l cul (en bas de ma chaise).

Sa solution principale était que nous devions nous tourner vers le monde et apprendre l'espagnol et pourquoi pas le chinois ou le portugais. Je vous laisse imaginer que les autres langues telles que la langue allemande ou italienne n'ont pas lieu d'être citées en Amérique du Nord car elles ne frappent pas l'imaginaire des Québécois et des Acadiens qui vont toujours prendre leurs vacances dans le Sud (Aux Caraïbes).

Et pourtant, dans notre propre cours, des langues autochtones meurent alors qu’on nous fait la leçon de la diversité.
Que pensez-vous de ce double discours, ce paradoxe, situé dans le premier chapitre de Langue française, diversité culturelle et linguistique (Promouvoir la langue française et la diversité linguistique) qui consiste à refuser en France ou laisser mourir au Québec la diversité culturelle et linguistique autochtone sur son territoire et en même temps prôner la diversité linguistique de groupes culturellement gigantesques ? (Je manque de superlatifs !)

Réponse de Mutur Zikin il y a 3 jours à 20h18

Je suis content de susciter votre réaction, cela va me permettre de préciser ma pensée sur certains points.

Je pense qu’il faut distinguer deux aspects de la question : le français comme langue de tous les jours (langue maternelle et langue véhiculaire) et le français international, appris comme langue étrangère (pour les affaires), reflet d’un poids économique et politique de la francophonie.

Le français comme langue de tous les jours progresse, et de façon importante, en Afrique. On l’a déjà dit ; même si peu de gens sont au courant, c’est la réalité. A terme, je pense que ce sera la langue véhiculaire d’un grand espace, notamment : autour de la méditerranée (avec un petit coup de pouce politique) car elle est déjà la langue privilégiée pour l’ouverture de : la France, le Liban (au côté d’autres langues), de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc, d’une grande partie des israéliens (leur entrée dans la francophonie est bloquée à cause de l’opposition d’autres membres à leur entrée alors qu’un recense 1,5 m (25%) de la population qui est francophone), de la Bulgarie. D’autres états sont également membres ou observateurs de la francophonie, notamment dans l’ex-Yougoslavie. Il reste les espagnols et les italiens qui apprennent encore le français mais également l’anglais. Cela ne devrait pas être un obstacle dans la mesure où l’anglais peut servir de langue pour les relations en dehors de la méditerranée et le français en son sein. En résumé, autour de la méditerranée, il y a le potentiel, il est prêt. Il ne manque plus qu’une coordination de tout cela. Bien sûr, je ne souhaite pas que le français remplace d’autres langues dans les pays cités, il ne s’agit pas de langue maternelle mais de langue d’échange, une langue véhiculaire ; il s’agit juste de tirer avantage d’une langue que tout le monde a en partage autour de la Méditerranée. Actuellement, la France joue la carte de l’Europe du Nord (Angleterre, Allemagne, pays scandinaves), et il est bien évident que dans cet ensemble, c’est l’Allemand ou l’anglais qui doivent jouer ce rôle, même s’il n’y a pas de raison de renoncer au français non plus (on n’est aussi voire plus nombreux que les anglophones).

En Afrique : le français peut  jouer un rôle formidable de trait d’union entre les pays, du Maroc jusqu’à la RDC, voire jusqu’à Madagascar pour peu que Madagascar souhaite capitaliser la connaissance du français qu’ils ont. A terme, on peut prédire que ce sera sûrement le cas. Le français pourrait donc devenir davantage la langue de l’Afrique que de l’Europe dans un avenir pas très lointain (10-15 ans) pour peu que la tendance s’affirme.

Je crois que nous, les francophones de France, on a ce problème qui aveugle notre jugement : on a peur de ne pas être aimé par les populations des pays d’Afrique à cause de la colonisation. On s’imagine (et sans doute souhaite-t-on inconsciemment, par justice) que pour nous punir, toutes les populations vont choisir l’anglais. J’en veux pour preuve qu’on n’entend jamais parler des bonnes nouvelles sur la francophonie mais qu’on entend toujours parler de l’anglais qui progresse. C’est quelque part une bonne chose : cela montre que l’on a une conscience, mais l’auto flagellation n’est pas une solution ! On peut toujours se concentrer sur ce qui a été fait de mal, chercher tout ce qui le montre et s’en punir. C’est un peu comme une histoire d’amour où l’on cherche les torts (d’ailleurs c’est un peu ça ! Ce n’est pas un hasard si l’Algérie est le pays qui a le plus rejeté la France car c’est le pays qui en a été le plus proche ; pour moi c’est une histoire où l’on n’ose plus se dire « je t’aime ! »). Bref, il faut savoir reconnaître ses torts pour avancer, mais il faut aussi savoir se tourner vers l’avenir et se dire que l’on compte les uns pour les autres. Continuer cette histoire commune qui n’a pas toujours été rose, surtout pour l’Algérie, beaucoup moins pour d’autres pays, mais comme toute histoire ! On ne peut pas imposer notre langue à tous les pays, c’est une décision volontaire de vouloir l’adopter, décision que l’on ne peut pas faire à leur place. Mais quand cette décision est faite, quand les gens sont prêts à utiliser la même langue que nous, dans l’égalité et le respect, alors il faut aller de l’avant ! Sans doute a-t-on à faire ce travail (certains l’ont déjà fait) sur nous-même. On ne peut pas continuer à défendre le français en étant en fait persuadé que c’est pour l’imposer à d’autres personnes (c’est pour cela que beaucoup de personnes françaises ont peur de promouvoir le français, je pense).

J’aimerais avoir votre avis là-dessus. Que pensez-vous de notre relation à notre langue et à l’anglais ? Ne pensez-vous pas que l’on veut se punir (de quoi exactement ?) en voyant l’anglais progresser partout ?

Là où je suis plus optimiste, c’est qu’en dehors de la France, et sans doute de l’Algérie, (et du Québec ?), les gens n’ont pas forcément ce rapport complexé à notre langue et à son histoire.

            Quant à sa situation internationale : je pense que nous ne devons pas trop nous en préoccuper. Une langue apprise comme langue étrangère est comme un effet de mode, elle ne s’établit pas vraiment chez les gens durablement, dans leur vie de tous les jours. J’ai passé sept ans à apprendre l’allemand, que m’en reste-t-il ? Je le baragouine (enfin je me débrouille quand même un peu !). Que chacun parle la langue qu’il veut. Pourquoi l’anglais est-il si important au niveau international ? Tout simplement parce que le Royaume-Uni et les Etats-Unis sont des pays solvables et que les pays de l’Afrique francophone ne le sont pas vraiment. Si demain une crise mettait l’économie des Etats-Unis par terre, la situation de l’anglais serait moins bonne. Je ne dis pas que c’est ce que je souhaite, tout au contraire, j’adore les Etats-Unis. Non, au contraire, je souhaite que chacun soit fort, bien portant, que la richesse d’un pays ne se fasse pas au dépens de celle d’un autre, et cela vaut pour l’Afrique. Il nous faut donc consolider notre francophonie, continuer à développer des projets communs, échanger, bâtir.

Concernant la Chine, savez-vous qu’un nombre significatif d’entreprises chinoises se sont mises au français. Pourquoi ? Pour investir en Afrique.

Pourquoi les brésiliens apprennent massivement l’anglais ? Pour avoir accès à ce qui se fait de mieux actuellement. Ainsi apprenait-on le chinois et le grec à la Renaissance pour ramener vers nous toutes les connaissances, mais une fois celles-ci acquises, on a moins donné d’impor

Commentaire n°3 posté par Marc Bf avant-hier à 11h45
Pour répondre à la deuxième partie de votre commentaire :
la diversité linguistique, certes, mais pour quoi faire et la réponse dépend de la façon dont on se pose la question.
Au Québec, s'il s'agit d'apprendre l'espagnol à la place de l'anglais, je suis un peu sceptique car le Québec fait partie de la fédération du Canada et à ce titre, pour garder une certaine cohésion, il faut quand même que ceux qui se destinent à la vie politique ou économique, qui auront à traiter avec le reste du Canada ou avec les Etats-Unis, aient une certaine connaissance de l'anglais. C'est du simple bon sens.
Ceci dit, tout le monde n'a pas vocation à apprendre l'anglais, c'est vrai, pour ceux qui souhaitent rester vivre au Québec et n'ont pas besoin d'aller ailleurs, pas besoin d'être bilingue, même si en tant que membre du Canada, je pense que c'est un atout de connaître l'anglais (même si ça ne me fait pas plaisir de le dire, c'est vrai !).
Par contre, en tant que langue seconde, l'espagnol est un atout et permettrai à quelqu'un de bilingue francophone / anglophone de voyager sur tout le continent américain (en plus du continent africain et d'une partie de l'Europe et Moyen-Orien). C'est un sacré atout !
Mais bon, le nombre de personnes qui feront cette démarche de voyager partout est infime, à part pour les gens dans l'import / export (transporteurs). Des langues ciblées peuvent être utiles aussi : allemand, italien, japonais, chinois, pour communiquer plus directement avec des gens de ces pays à fort potentiel culturel, économique et politique.
Pour que les langues minoritaires survivent, il faut réunir les conditions suivantes :
1) que la langue soit enseignée aux personnes arrivant sur le territoire où cette langue est parlée (cours d'apprentissage ou de remise à niveau), pour que la langue reste la langue véhiculaire au niveau économique et de tous les jours.
2) que la langue soit enseignée à l'école et transmise aux enfants, au côté de la langue majoritaire (qui permet à ceux qui le souhaitent d'aller vivre ailleurs et / ou de ne pas être handicapé dans les relations avec le monde environnant quand il parle la langue majoritaire).
L'intérêt (et donc la motivation) d'apprendre une langue minoritaire est très faible lorsque l'on se place en dehors du territoire où elle est parlée à moins de vouloir y vivre ou d'être en relation avec le territoire où on le parle. On peut aussi s'assurer de la survie d'une langue en dehors de son territoire de prédilection s'il y a une communauté forte qui s'organise.
Je peux vous donner comme exemple qui marche un peu (ça vient de commencer) les habitants qui parlent le gaélique (en Irlande) qui se mettaient tous à parler anglais à Dublin, bien obligés. Récemment, des nouveaux arrivants se sont réunis pour parler cette langue en habitant dans le même quartier. Il est aussi prévu des écoles bilingues d'immersion pour ces enfants : voir l'article que j'ai partiellement traduit : http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaelscoil . Il faut donc se donner les moyens de la survie d'une langue et donc se poser la question : est-ce souhaitable ? Pourquoi faire ? Où ? Et arriver à des projets concrets.
Je n'ai pas pu ouvrir la pièce à laquelle vous m'avez renvoyé, je ne sais pas pourquoi, cela me met fichier endommagé.
Cordialement,
Marc Beaufrère

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