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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 15:44

Quelqu'un qui a parcouru mon blog a soulevé l'importance de la géopolitique et de l'histoire sur le développement du français. J'ai trouvé cette question intéressante car je ne me focalise pas du tout sur cette approche dans mon blog et j'ai pensé que cela pourrait intéresser les lecteurs réguliers de mon blog de connaître mes arguments. Cela m'a permis de mettre en mots certaines idées que je n'avais pas encore abordées précisément, notamment le rapport que les français ont avec leur langue (quelque chose qui doît être défendu par d'autres, approche découlant d'un certain fatalisme, voire même d'une façon de voir superstitieuse, à mon avis, ou tout simplement d'un désintérêt pour ces questions).

Voici donc ma réponse ;

 

Il est indéniable que la géopolitique et l'histoire ont eu une influence sur le développement du français. La colonisation, etles investissements économiques et bien d'autres facteurs influent sur la dynamique du français. Ce n'est pas l'approche que j'ai utilisée dans mon blog ; je ne fais pas de travail de recherche spécifique, je me contente de faire part des choses que j'observe et des réflexions que j'ai eues. Je me laisse guider par mon intérêt et lorsque je remarque que des faits contredisent les idées reçues, je trouve important de le signaler, que l'on arrête la propagation de ces idées fausses (même histoire que les rumeurs...). L'histoire de la francophonie, je le connais un peu, et je pense que beaucoup de gens la connaissent, elle est facilement accessible. Ce n'est pas pour autant que les rapports de force changent. Par contre, les données la concernant actuellement le sont beaucoup moins. Il existe un site d'un professeur de l'université Laval au Québec, le professeur Leclerc que j'ai suivi et qui propose des données ou des enquêtes qui m'ont beaucoup intéressé un temps. J'ai remarqué comment cela est repris par de nombreux sites et de nombreuses références, jusqu'à la wikipedia. Cela m'a surpris ; finalement en l'absence d'autres données, ce n'est pas si étonnant, les gens répètent ce qu'ils ont à disposition. Mon blog est parti de ce constat : que la francophonie et la perception de l'importance d'une langue se fondent, certes sur des événements historiques, mais aussi sur des idées reçues, des chiffres repris en boucle, des perceptions construites selon l'environnement (les publicités en anglais ne peuvent que renforcer notre impression d'omniprésence de l'anglais et par conséquent notre impression de déclin du français). Tout cela crée une image globale du français de la même façon.

Donc, pour moi, chercher des explications dans le passé, c'est bien, mais très insuffisant. Il y a des rapports de force, des situations, etc... à faire évoluer et cela m'agace souvent de voir les gens expliquer le déclin du français par ceci ou cela (la passé, la mentalité des français, la suprématie économique des Etats-unis). C'est une démarche passive qui s'incline devant les rapports de force que l'on veut ignorer. Pour moi, l'image de la francophonie est à reconstruire sur de nouvelles bases. Par exemple, je suis intervenu plusieurs fois sur la wikipedia pour fournir des chiffres précis et contre-dire des arguments subjectifs sur le soi-disant déclin du français un peu partout. En l'absence de données, on peut dire ce que l'on veut, et comme quasiment aucun organisme français ne se charge de donner des statistiques, des données, etc..., on prend celles que les anglophones nous fournissent (plusieurs sites américains comme l'ethnologue dont les chiffres sont repris en boucle partout). Les anglophones ne sont pas à blâmer, ils font leur travail. C'est nous qui ne faisons pas le nôtre. C'est donc à nous de contrecarrer ce pessimisme ambiant, de faire valoir nos droits acquis, etc... Je n'utilise pourtant pas grand chose d'exceptionnel (le rapport de l'OIF disponible sur internet, deux ou trois sites référencés sur mon blog, ainsi que quelques lectures comme le courrier international ou ce qui me tombe sous la main). Cependant, je remarque que quasiment personne en France ne fait cet effort de défendre sa langue autrement que par de grandes idées vides, sans prendre la peine d'avoir des données, des choses solides. Une opinion, c'est bien, mais on peut dire exactement le contraire sans arguments. Dire que le français se porte bien, c'est une chose, mais ce sera très vite oublié voire moqué si cela n'est pas étayé par des chiffres, des données. Pour revenir à la wikipedia, il a suffi que je cite des chiffres du rapport de l'OIF pour que le débat sur le nombre de francophones dans le monde cesse; je suis surpris que personne n'ai pensé à le vérifier auparavant (vous n'avez qu'à voir la page discussion, les gens se battaient à coup de : "cela me paraît beaucoup" et à coup de chiffres gonflés ou d'informations déformées pour les partisans). 

Bref, je pense qu'il y a un immense travail à faire pour défendre la langue française pas dans sa qualité (ça c'est le travail et la volonté de chacun et je ne m'en mêlerait pas) mais ses intérêts et la possibilité de l'utiliser dans certaines enceintes (ONU, UNESCO, Parlement européen). C'est un travail de fourmi, et on ne peut avancer que par petites victoires : fournir des données fiables, obliger à l'utilisation du français par les français dans les organismes internationaux où cela est permis (pourquoi soutenir des candidats français (Trichet, Strauss-Kahn) si c'est pour qu'ils n'utilisent pas notre langue), relayer les bonnes nouvelles, obliger à la traduction de documents en français lorsque cela est possible, obtenir la traduction des messages publicitaires (ils sont destinés aux français, pourquoi utiliser une langue que ne comprennent pas forcément les personnes à qui s'adressent les messages publicitaires, pourquoi ne pas utiliser la langue que tout le monde est censé comprendre).

Savez-vous qu'au Québec, on a obligé certaines enseignes à traduire leur nom en français s'ils ne voulaient pas fermer ? Que l'on a obligé les commerçants à retirer leurs affiches et panneaux en anglais dans les années 70 ? Certaines villes du Québec, donc à majorité francophone, paraissaient anglophones, et ne le sont plus maintenant. Quand il y a une volonté, on y arrive. Pourquoi n'y arriverions nous pas ? Nous sommes dans une position bien plus avantageuse pourtant. La réponse, on la connaît, c'est qu'une grande partie de nos élites ne le souhaitent pas, et que le reste de la population pense que c'est fichu d'avance (que l'on va tous parler anglais) ou que l'on n'y peut rien. C'est donc malheureusement à nous de faire ce travail, d'inverser le courant.

Il ne suffirait pourtant pas de grand chose : se rendre compte qu'une langue ça ne se défend pas tout seul. C'est seulement cela. Il ne s'agit pas que le français soit aimé pour qu'il soit appris ; beaucoup de gens pensent que l'anglais est appris parce qu'il est plus cool, plus facile à apprendre, que le français c'est une langue dure à apprendre, que les gens ne l'aiment pas. Mais c'est comme avec les enfants, on ne peut pas attendre que nos enfants nous aiment pour faire valoir nos idées d'adultes. C'est à nous de défendre notre langue, pas aux étrangers de tomber amoureux de notre langue (pourquoi le feraient-ils si nous ne mettons rien en oeuvre pour défendre notre langue, notre patrimoine, etc...) ; et nous n'avons pas à attendre d'être aimés pour faire respecter des droits et des lois. Exemple concret : il ne s'agit pas d'attendre que Strauss-Kahn, Trichet, etc... se mettent à parler français, il faut l'exiger, voire même révoquer leur position s'ils ne s'expriment pas en français lorsqu'ils en ont l'occasion. Ils ne sont pas seulement là-bas parce qu'ils sont géniaux mais aussi en tant que représentants de la France, et en tant que tels, nous devons avoir certaines exigences à leur égard.

Concernant les supposés avantages, inconvénients de l'anglais et du français, ce ne sont pas eux qui justifient la position des langues dans le monde, mais bien plutôt l'inverse : c'est parce que le français a décliné et l'anglais s'est étendu que l'on a trouvé des justifications a posteriori. Au XVIIIe et XIXe siècle, on affirmait l'inverse, que le français était une langue simple à apprendre, parce que c'était "la langue internationale" (sauf sans doute pour l'Asie).

Enfin, une dernière chose que je souhaite mettre sur la table, c'est que mon blog s'adresse prioritairement aux français (en tout cas moins aux québecois qui n'en ont pas besoin pour défendre leur (et notre) langue) car j'estime que c'est d'abord à nous de comprendre que l'on est pas sur un libre-marché des langues. Nous sommes (en tout cas pour moi) des citoyens français et le français est la langue de la République. Dans ce cadre-là, nous n'avons pas à laisser des publicités en anglais, nous n'avons pas à laisser des gens se faire licencier d'un travail dont la qualification de base ne requiert pas de parler anglais parce qu'ils ne parlent pas anglais (j'ai l'exemple d'un employé technicien, licencié parce qu'il ne comprenait pas des notices en anglais, qui a fait annuler son licenciement grâce à l'aide d'un syndicat). A nous de voir que ce que l'on perçoit comme un déclin irréversible n'est que la traduction du refus d'intervenir pour défendre notre langue (cela ne se fait pas tout seul).

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commentaires

gilles thompson 28/07/2010 15:13



Bonjour,


Nous sommes sidérés de voir que, dans l'Hexagone, vous discutiez  de la situation du français de façon si désinvolte et si angélique.
Aucun plan d'action, aucun plan de redressement!
Que des paroles!
Nous ici au Québec, le rouleau compresseur du GLOBISH est en action.



Si vous avez à cœur la langue de Molière, pouvez-vous faire circuler dans votre milieu!
Merci à l'avance!

CENTRE-VILLE DE MONTREAL

====================================

Une anglicisation fulgurante en photos et vidéos.

Déjà un millier de dérogations à la Charte de la langue française!

Et ce ne sont ni des rumeurs, ni des ouï-dire, ni des peurs mal-fondées, ni des épouvantails à moineaux, ni des conclusions théoriques basées sur des rapports de statistiques tronquées produits
par l'OQLF;  Ce n'est qu'un constat sur le terrain.
Et comme Paul Watzlawick, philosophe et grand psychanalyste, dit bien dans sa formule: "La déliquescence des cultures précède la disparition des sociétés".
« Quand nous défendons le français chez nous, ce sont toutes les langues du monde que nous défendons contre l’hégémonie d’une seule. » – Pierre Bourgault

Allez visiter le site web d'Impératif Français pour voir en totalité le millier d'infractions à la loi 101 au centre-ville de Montréal :
http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2008/montreal-anglais.html


Pour un bref aperçu (si vous manquez de temps), allez visiter ce lien:
http://www.youtube.com/user/montrealenfrancais


N.B. Les éditorialistes au Québec, du moins ceux qui travaillent pour le groupe de quotidiens appartiennant à l'Empire Gesca(Power Corporation),   utilisent le terme «anecdotes» ou
«faits isolés» pour designer le millier d'infractions à la Charte de la langue française présent sur le site d'IMPERATIF FRANCAIS.  De plus, ils qualifient ceux qui se préoccupent du sort de
la langue de Molière de «Névrosés de la langue».

Gilles Thompson



Marc Bf 12/12/2010 16:31



Merci pour votre commentaire. Ma réponse sera assez longue, je m'en excuse par avance, mais comme à mon habitude, j'essaie d'être exhaustif.


Si je peux me permettre, vous êtes bien optimiste !! Si encore nous discutions de la situation du français en France... on en est à peine là. Alors pour arriver à un plan d'action, il y a encore
du chemin car il faudrait d'abord avoir une réflexion sur la question, donc auparavant il faudrait en discuter, et en amont, il faudrait que le sujet ne soit pas enterré... Les Français,
notamment ceux nés dans les années 50-60 sont persuadés du déclin irréversible du français, ceux nés dans les années 70-80 ne saisissent plus ce qu'est l'intérêt de défendre une langue : c'est
l'idéologie du laissez-faire (... laissez-faire... mais quand on laisse faire, on laisse faire quelqu'un, non ? Alors si ce n'est pas nous qui décidons, qui décide pour nous ? Je pense que vous
avez la même réponse que moi) appliquée aux langues. Que la meilleure langue triomphe, que la langue la plus "forte" écrase les autres.


J'ai visité le site Impératif Français. Je vous félicite pour la pugnacité, la détermination et l'énergie intellectuelle que vous mettez dans votre combat. J'admire le fait que vous arriviez
à vous mobiliser en nombre au Québec sur de tels thèmes ; nous, cela commence à peine (Voir l'association AFRAV). Il y a encore du chemin pour que les Français déculpabilisent et voient comme un
combat légitime la défense du français comme vous le faîtes. Actuellement, un Français qui défend sa langue doit se préparer à répondre à la question : n'êtes-vous pas nationalistes ? (donc
fascistes, donc mauvais... on cherche à catégoriser les combats en bons et mauvais plutôt que de s'interroger sur les droits d'un peuple à défendre sa culture.) On est donc encore beaucoup trop
sur la défensive, et il faudrait que l'on affûte notre argumentaire pour inverser le courant et pour faire reculer la cause du tout anglais partout. Il ne faudrait pas grand chose pour que le
courant s'inverse, on pourrait être surpris un jour que cela arrive alors que l'on voit la situation comme inéluctable.


Je pense qu'avant d'arriver à votre dégré d'action, nous avons tout un cheminement intellectuel à faire. Il est vrai que l'on peut considérer que le français est moins menacé par l'anglais en
France qu'au Québec, mais je pense que c'est oublier tout l'aspect colonisation mentale. Il est vital pour un pays de ne pas renoncer à décider pour soi-même, de ne pas dépendre d'un autre
système et d'une vision du monde importée. Je pense qu'il faut nous décoloniser, répondre de façon ferme aux attaques des anglophiles qui veulent imposer cette langue en France avant de pouvoir
commencer une réflexion. Répondre argument par argument. Lorsque j'ai lu qu'à l'ONU (est-ce vrai ? je l'ai lu plusieurs fois en tout cas) des fonctionnaires français ont été sifflés par
des Américains pour s'être exprimés en français, je fais des bonds !!! Alors les Américains vont nous dire que l'on est arrogant de parler en français quand tout le monde parle en
anglais, mais il faut réagir au quart de tour plutôt que de se justifier et renvoyer l'accusation : "de quel droit osez-vous dire que nous sommes arrogants, le français est l'une des deux langues
de travail de l'ONU, et vous n'avez pas à dicter au monde entier ce qu'ils doivent faire, nous ne sommes pas vos laquais." Il ne faut pas se laisser enfermer dans une position où l'on doit se
justifier quand l'on utiliser un droit sinon on perd ce droit dans les faits. Evidemment, si l'on envoit des mauviettes (excusez-moi le terme) qui n'ont pas les reins solides, ils vont vite
se démonter et se mettre à parler en anglais par peur d'être taxés d'arrogants. Et oui, quand on est pas capable d'encaisser la critique sans le prendre personnellement... Voilà, je vouslais
pousser l'étude de cas jusqu'au bout car je n'aime pas laisser un problème sans réponse, mais je pense que les Français ont, par rapport aux Québecois, uin travail supplémentaire à faire avant
d'entamer une réflexion publique, c'est de relever la tête et de se dire : "nous avons le droit de défendre nos intérêts". Au Québec, si des personnes, un journal anglophone par exemple, dit que
vous, à Impératif Français, défendez un combat rétrograde, et que vous n'êtes qu'une bande de nationalistes, vous aurez conscience qu'ils disent cela pour vous déstabiliser et vous répondrez en
fonction (plutôt que de chercher leur approbation en vous justifiant "mais non, on n'est pas arrogant!" "si!" "Ah bon?" Mais où va-t-on!!?) Vous ne baisserez pas l'échine et vous avez raison. En
France, lorsque l'on dit aux gens que s'ils défendent le français, ils sont ceci ou cela (nationalistes, guerriers...) les gens le croient et se taisent. On est bien (avec les Allemands et les
Japonais) l'un des seuls peuples au monde à avoir honte d'être un peuple. Il faut donc nous défaire de cette emprise qu'ont les anglophones sur nous en  cessant de chercher leur
approbation. 


Notre serviabilité vis-à-vis des intérêts anglo-saxons est sans doute dû à l'histoire, on s'est laissé humiliés et culpabilisés par notre passé (collaboration et colonisation
notamment), mais il va falloir que l'on fasse la part des choses, que l'on trie le bon et le mauvais plutôt que de jeter le bébé avec l'eau du bain car sinon, on va se faire "bouffer tout
cru"!!


Encore bravo pour tout le travail que vous faîtes et au plaisir de vous lire!