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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 14:20

Constat

Actuellement, la défense de la langue française est une tâche ardue. Il faut du courage. On a l'impression de tout le temps entendre "l'anglais, l'anglais, l'anglais" et que le français est une langue en voie d'extinction.
Pourtant, on nous avance peu de faits et d'arguments pour faire reculer le français et pour faire avancer l'anglais au niveau des institutions. On nous dit : tout le monde parle anglais, il faut arrêter de parler français et du coup on va finir par arrêter de parler français parce que l'on croit que tout le monde parle anglais et parce que finalement on n'a pas vraiment envie de défendre sa langue.

Pourtant cette situation n'est pas une fatalité et la situation du français est bien malmenée par rapport à ce qu'elle devrait être. Certes, le français n'a pas vocation à être parlé par tout le monde dans un monde multipolaire. Il y a l'anglais pour l'Amérique du Nord, l'espagnol (et le brésilien) pour l'Amérique Centrale et du Sud, le japonais et le chinois pour l'Asie, et peut-être aussi l'ourdou et l'arabe, en plus de l'héritage de l'anglais.

Un décalage entre la réalité et sa traduction politique et institutionnelle

Mais cela change pour plusieurs raisons, et la traduction politique de ce qui est en train de se passer n'a pas été faite, ou pour faire plus simple : on n'est pas très au courant de ce qui a changé (et donc on n'en a pas encore tiré de conséquences).
En effet, le français s'impose comme langue véhiculaire des 2/3 de l'Afrique et du Maghreb, et les élites et fonctionnaires des pays d'Afrique anglophone et lusophone se mettent bien souvent à apprendre le français. La raison de cela et que les pays francophones couvrent un espace ininterrompu très vaste : de la RDC jusqu'au Maroc, de la Guinée jusqu'au Tchad (une vingtaine de pays!). On ne peut pas en dire autant en Europe ou ailleurs dans le monde !!!
Ajoutons à cela que le chinois est voué à jouer un rôle très important en Asie et à terme, je pense, à remplacer en partie l'anglais. En effet, l'anglais était la langue véhiculaire pour parler aux autres pays des élites d'Asie car la langue de l'Inde (pays immensément peuplé), du Japon qui avait été défait par les Américains, et plus loin, de l'Australie, ainsi que d'autres petits pays était l'anglais. Seulement, à terme, les langues nationales prennent de plus en plus de place. D'autant plus que les langues asiatiques (sauf pour l'Inde, langues Indo-européenne en majorité) ont plus de similitudes entre elles qu'avec l'anglais. On peut donc imaginer dans une échéance de 30 ans que l'anglais jouera toujours un rôle, mais moindre, s'effaçant en partie au profit du chinois et peut-être du japonais. Souvenons-nous du russe qui a quasiment totalement disparu du "concert des langues", à part à vocation interne, pour des raisons d'implosion économique et politique.
Actuellement le français et l'anglais sont les deux langues de l'ONU et de nombreuses autres institutions internationales. A terme, il faudra sûrement y ajouter le chinois et peut-être l'ourdou (Inde), ce qui dessinerait un monde plus multipolaire et fidèle à la réalité démographique mondiale.
En naviguant sur la toile, j'ai lu un ou deux commentaires (ce sont les premiers mais d'autres viendront) disant que le français n'a plus les moyens d'avoir cette place internationale, que cela ne reflète plus la réalité. Ces commentaires sont vrais dans la mesure où ils s'appuient sur un constat d'il y a 20 à 30 ans. C'est sans doute le temps qu'il faut pour que les données de la réalité fasse leur petit bonhomme de chemin et soient prises en compte. Sauf que ce n'est pas le moment de lâcher l'affaire car un retournement s'amorce.

Bilan au niveau international de la situation du français

En effet, la situation géopolitique et les chiffres de l'apprentissage du français ont beaucoup changé.
En Asie, le français est assez absent à part dans les élites de l'ex-Indochine (tradition historique) mais aussi en Corée du Sud (je ne sais pas trop pourquoi mais c'est vrai, voir le dernier rapport de l'OIF) et dans le Caucase (Arménie, Azebaïdjan, mais aussi Ouzbékistan (pareil, je me demande pourquoi)).
En Amérique du Sud, elle stagne ou perd de la place sur le "marché des langues" en faveur : de l'anglais (mais ça c'est déjà depuis 20 ans, donc rien de neuf) et des langues "du coin" : espagnol pour les Brésiliens, portugais pour les autres et parfois langues pré-coloniales (quechua).
Par contre, elle s'impose en tant que langue maternelle ou véhiculaire en Afrique, et sur un immense ensemble, ensemble plus grand que l'UE et c'est là que l'on n'a pas encore mesuré cet impact. Je le sais d'autant plus que je suis obligé d'aller mettre à jour et corriger un gros nombre de données sur la wikipedia. Pourquoi : il n'y avait pas de données vraiment fiable avant les derniers rapports "la francophonie dans le monde", donc on est longtemps resté sur des approximations, et comme pas grand monde les a lu en plus, on reste sur les connaissances que l'on avait et moi je suis obligé de me farcir tout le boulot de "faire savoir le savoir". A ce titre (je ne suis pas rémunéré!), ce serait bien que des gens d'institutions comme l'OIF fassent savoir sur la wiki notamment ce qu'ils ont comme chiffres (il suffirait de payer un mec pendant un ou deux mois pour s'occuper d'une bonne partie du web) plutôt que de laisser passer, parce que le débat se base sur les connaissances que l'on a, et malheureusement pour l'instant, on a celles que l'on veut bien nous servir dans les médias, souvenez-vous : "tout le monde parle anglais, c'est comme ça, on est tous foutu, autant déjà parler anglais dans nos chaumières, comme ça, ils auront même pas besoin de se donner la peine de nous l'imposer."

Afrique et Maghreb

Bref, les implications de ce qui se passe pour la langue française en Afrique sub-saharienne et Maghreb sont énormes, car il va sans doute se passer ce qui s'est passé pour l'Espagnol et l'Amérique du Sud, c'est-à-dire que l'espagnol est plus parlé hors d'Espagne aujourd'hui. D'ores et déjà, le français est plus parlé en Afrique (en nombre de locuteurs) qu'en France depuis 2002 ou 2003 (selon des estimations (fournies par les gouvernements des pays en question quand même), certes, mais disons que c'est en train de se passer en ce moment). Une nuance de taille, cependant, c'est que le français n'est pas forcément une langue maternelle là-bas (langue parlée à la maison), c'est parfois une langue véhiculaire.

La chance de la France est de partager cette langue et d'être quasiment dans la continuité de cet espace. C'est donc un immense espace francophone qui se dessine ici, espace très hétérogène pour l'instant, et très peuplé. Il est donc certain que le français aura vocation à jouer un rôle au plan continental, un peu comme l'espagnol ou le chinois, mais pas forcément international, ou disons un rôle moindre.
Pour cela, il faut tirer les conséquences de ce qui existe.
Déjà, on a un outil qui nous donne des chiffres fiables.
Maintenant, il faut les faire savoir => les médias (qu'est-ce que vous faîtes ?), sur wikipedia (si vous avez envie de me filer un coup de main, je suis pour !), pour que cela remonte jusqu'aux gens qui décident (ils ont besoin de données pour décider mais ils ne vont pas forcément les chercher...). Enfin, déjà, Mr Sarkozy a fait un embryon d'un début de politique en faveur du français en nommant Mr Raffarin son représentant spécial sur les questions de francophonie. Et il fait des petits trucs (regardez sur yahoo, vous verrez).

Et l'Union Européenne ?

Tout ça pour en venir à une aberration : l'anglais devient la langue de travail de l'Europe alors que les britanniques sont à peine dedans, ils n'ont même pas adopté l'Euro, ce n'est donc pas la langue de grand monde en fait, à part des pays du Nord qui n'osent pas imposer leur langue donc se réunissent autour de l'anglais (ils ont déjà leur télé la moitié du temps en anglais et leurs langues sont relativement proches).
Quant au français, la majorité des pays de l'UE sont membres, associés ou observateurs de la francophonie (15 sur 27 pays). Il suffirait juste que les représentants de ces pays-là se mettent à parler français un peu pour que le français soit la langue de l'Europe mais comme chacun a peur d'être le premier à le faire (un peu comme pendant l'eurovision, tout le monde chante en anglais un truc insipide et nous on se ramène avec la banane, même pas honte, en chantant en français, aidés parfois de nos amis belges (salut les belges)).
Bon, je suis un peu méchant, mais c'est volontaire, ça fait trop longtemps que ça dure ! En effet, un grand nombre de fonctionnaires européens se sont mis au français ces 5 dernières années.
Mais voyez : pourquoi nos élites devraient défendre l'anglais à la place de ceux qui le parlent ? Et oui, ce sont avant tout nos élites qui défendent l'anglais ! (ironiquement, un peu comme les élites flamandes du XIXe siècle défendait le français et l'imposait à leur peuple, alors que les wallons (francophones) n'y étaient pas pour grand chose.)
Que chacun fasse son boulot ! Si nous on ne parle pas notre langue, qui va le faire ? Il devrait y avoir une pénalité pour les français qui s'expriment en anglais dans les réunions européeennes alors qu'il y a un traducteur, parce que c'est un très mauvais signal qui est envoyé.
Interrogé par Raffarin sur son usage de la langue anglaise au sein de la commission, Barroso, qui parle parfaitement le français, comme vous et moi, a dit que "cela crée des remous". Raffarin lui a dit en substance : "attendez, quand vous parlez anglais, cela crée d'autres remous, il n'y a pas des bons et des mauvais remous".
C'est vrai quoi, on ne voit pas pourquoi cela devrait créer des remous. Que ceux que ça dérangent disent clairement en quoi cela les dérange que l'on parle français au sein de l'Europe alors que c'est la deuxième langue la plus parlée parmi les pays membres (70 millions de personnes ; je signale que la première c'est l'allemand, et pas l'anglais, mais eux, ils s'en fichent de leur langue apparement ; enfin c'est leur problème).

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