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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 18:42

Le syndrôme Christophe Hondelatte


Les pires ennemis de la culture française sont bien souvent en France. Combien de fois peut-on lire dans tel ou tel revue culturelle que la scène créative anglo-saxonne est plus créative, qu'ils ont inventé tel concept, tel mouvement artistique ou musical, etc... et qu'il n'y a pas ça en France. Là, il y a de quoi déprimer. Sauf que ce sont les médias qui ne font pas leur boulot. Il y a des talents, des personnalités qui ne demandent qu'à émerger, mais encore faut-il qu'elles soit repérées, prisent au sérieux. Il faut un observateur qui s'y connaît pour faire émerger une scène et c'est plutôt l'absence de travail des médias et des critiques si rien ne semble se passer, et pas seulement la faute des artistes. Combien d'artistes talentueux et qui vivotent car ne correspondant pas aux attentes de la société ?

 

Là, j'ai envie de parler du "syndrôme Christophe Hondelatte". Christophe Hondelatte, journaliste avant tout, a "osé" faire un album dans lequel il ne se prenait pas trop au sérieux. Je l'ai vu à l'émission "On n'est pas couché" se faire descendre par les deux journalistes avec en question sous-jacente "pourquoi avoir sorti un tel album [si mauvais] ?".  Comme si Christophe Hondelatte avait commis un crime de lèse-majesté. J'ai d'abord été choqué par la prétention de la journaliste de l'émission, Mme Polony, sorte de grande juge du bien ou du mal en matière musicale... on assiste à une sorte de procès qui s'étend sur 25 minutes, dans lequel Christophe Hondelatte est constamment mis sur la défensive et en accusation par Mme Polony de façon pas très sympa. Vous pouvez regarder ici l'extrait de l'émission.

 

C'est si nul que ça ?

 

Bref, je suis donc allé voir sur internet cette vidéo, mise en ligne gratuitement. Et sans trouver ça extraordinaire, j'ai trouvé ça sympa, ça a un petit côté Guy Marchand décontracté. Bref, pas de quoi atteindre les sommets, mais suffisament sympa pour faire passer un bon petit moment à certains. Mais ce qui était intéressant, c'était de voir les commentaires : quasiment que des personnes qui venaient dénigrer Hondelatte, se moquer de lui, et à côté de ça, tout un chacun devenait expert critique soudainement. De plus, on peut noter la vidéo en j'aime / j'aime pas, et l'on pouvait voir une majorité de j'aime pas. On pourrait donc se dire : arrête de faire de la musique, les anglais font mieux. Mais on touche justement le coeur du problème : à savoir, Christophe Hondelatte (qui a de la pratique en musique) est une personne du journalisme qui a montré sa sensibilité au public, et ce gratuitement puisque le titre est téléchargeable. Personne n'est donc obligé de regarder ou d'acheter son CD. Ce qui se joue ici, c'est la pluralité, c'est aussi le fait qu'un certain type de culture n'a pas le droit d'exister en France, on n'a pas le droit d'être quelqu'un de sérieux dans la vie, et qui se défoule en musique, les domaines sont cloisonnés. Pour moi, on a donc affaire à une "inquisitrice culturelle" mais qui aurait applaudi des deux mains si on lui avait amené l'équivalent produit dans un pays anglo-saxon. Enfin je parle de Natacha Polony, mais des personnes comme elles, j'en ai déjà lues ou vues beaucoup. Je pense qu'au dela du droit à ne pas aimer que je ne remets pas en cause, il y a ce petit quelque chose du critique qui compare systématiquement à un modèle indépassable, et qui se fait le garant de l'ordre culturel établi. Beurk...

 

Vous me direz : je n'avais qu'à ne pas regarder cette émission qui présente beaucoup moins d'intérêt sans Mr Zemmour, qui malgré ses opinions controversées, apportait un vrai plus. Dont acte, on ne m'y reprendra plus.

 

Un blocage psychologique : "Rien de bien ne peut venir de chez nous"


Je prends cet exemple, mais c'était surtout pour illustrer une idée, une intuition. A savoir : que l'on a un complexe d'infériorité en France qui fait que ce qui vient de la France ne peut être bien (si on était talentueux, ça se saurait), et on rajoute parfois que tout ce qui vient des pays anglo-saxons sert d'étalon à la musique française. Ce qui tue bien entendu toute possibilité de création musicale, et c'est pourtant bien ce qu'a fait Christophe Hondelatte, qu'on le veuille ou non, il a exploré une voie, une sensibilité que l'on n'a jamais laissé s'exprimer en France. Une musique n'est pas bonne ou mauvaise (arrivé à un certain niveau de professionnalisme, je m'entends, mais ce n'est pas ce qui posait problème ici), c'est une musique, et chacun peut y trouver son compte. Le problème de la création musicale en France est donc pour moi ici, c'est un bloquage qu'ont les français, et entre autres les critiques, qui ne peuvent accepter que quelque chose qui sorte des sentiers battus et venant de France soit bien. D'où pour moi l'impossibilité qu'il se passe quelque chose  au niveau musical en France, car nous sommes vérouillés dans notre esprit. Pour moi, la critique, ce n'est pas hiérarchiser (ni piétiner la sensibilité des artistes), pour moi la critique c'est expliquer, essayer de comprendre, de découvrir ce qui se cache derrière la musique, les goûts, les influences, le déclic, l'impulsion qui nous fait envie d'être chanteur, d'exprimer cei ou cela, etc...

 

Pour que des artistes émergent, il faut qu'ils soient repérés mais si chaque personne qui tente quelque chose est critiquée dans sa personne, rien ne peut émerger et cela viendra donc d'ailleurs, lorsqu'une musique portée par un succès commercial dans un autre pays arrivera en France. On se dira : si tant de personnes ont aimé, c'est que ça ne peut pas être complètement mauvais. Ce que je regrette donc ici, c'est que toutes les sensibilités ne puissent s'exprimer en France. On entre dans des mécanismes psychologiques tels que : aux banlieues on accroche le rap, aux Antilles, le zouk (et collectif métissé), aux intellos, la chanson française à la Brel, etc... Laissons les gens nous surprendre ! Et les seuls artistes qui peuvent être pris au sérieux en France seront donc ceux qui imitent les anglo-saxons ou ceux qui chantent en anglais. Heureusement le succès populaire change parfois la donne et impose de nouvelles tendances musicales inattendues.

 

Allez, hommage à Christophe Hondelatte qui s'en fout pas mal :

 


 

 

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Published by Marc Beaufrère - dans Réflexions sur le français
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