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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 18:58

Qui connaît la différence entre une cranberry et une canneberge ? Réponse : le nom ! La cranberry est le nom anglais de la canneberge, ou disons que les Québecois l'appelle canneberge car en France... hé bien, que dis-t-on ? C'est ce que j'ai essayé de voir, histoire de faire une petite enquête. C'est parti !

 

Contexte de l'enquête

 

Travaillant dans le bio, je vends des canneberges. Seulement, certains clients demandent des cranberries et certains se méfiaient au début quand c'était marqué "canneberge" et que je leur expliquais que cranberry est le mot anglais ; d'autres me croyaient sans problème.

Toujours est-il que j'ai fait un petit tour des catalogues et j'ai regardé quelle appellation était utilisée pour les canneberges vendues en baies séchées, en jus ou en complément alimentaire, et j'ai essayé de recouper ça avec l'implantation géographique de la société. J'ai fait également un petit tour sur la toile pour compléter.

 

J'ai constaté ceci :


- le mot canneberge est utilisé seul par Rapunzel (société allemande), par Pural (société française basée en Alsace, mais spécialisée surtout dans l'import de produits allemands) (les images en ligne ne sont pas à jour (utilisation du terme cranberry), mais en magasin on trouve le mot canneberge), par Comptoir des Saveurs (dans le 60, Oise), par Nat&Form (?), par Jus Bio & Cie (35; Ille et Vilaine), Nutra Fruit (Québec). En regardant sur la toile, j'ai vu que les Québecois la vende sous l'appelation canneberge avec parfois le rappel du mot cranberry comme équivalent.

 

- le mot cranberry est utilisé par Priméal (Ardèche), par Prosain (Pyrénées Orientales),  par Vitamont (47, lot-et-garonne), par Elite Naturel (?) (avec l'appellation Airelles rouges) par Superdiet (59, Nord) et Phytonature (Belgique)


- Canneberge et Cranberry sont utilisés chez BioVit'am (?), par Solgar (région parisienne, 77) et Le Sillon (Franco-Hollandais), vitaflor bio.

 

Au final, je suis agréablement surpris car en magasin, je n'avais vu que Jus Bio et Cie, Rapunzel et Pural qui utilisaient le mot Canneberge. Au final, l'utilisation du mot canneberge est relativement répandue pour les produits vendus en France, et semble être dominante au Québec. S'il y en a plus qui utilisent le mot canneberge seulement, vu les implantations des marques et les volumes vendus, c'est en vérité légèrement plus équilibré en faveur de l'utilisation du mot cranberry. Enfin, quelques uns ont choisi de mettre les deux appellations. Il n'y a donc pas vraiment de corrélation entre l'origine géographique de la société et l'appellation canneberge ou cranberry sauf pour le Québec. J'avais noté pour d'autres produits que les entreprises étrangères qui voulaient vendre des produits en France, y compris des britanniques utilisaient souvent le mot français recommandé tandis que les sociétés françaises utilisaient souvent les anglicismes. Ce n'est ici pas la règle générale, mais sinon, je pense que cela s'explique par la méconnaissance des sociétés étrangères de l'appellation la plus commune ou par la volonté d'être en conformité. Les Français n'ont pas à faire leur preuve quant à leur "francité" et utilisent volontiers des anglicismes, soit par méconnaissance de l'équivalent français (ils n'ont pas repéré que c'était un anglicisme qui avait un équivalent français), soit par volonté de faire "ineternachional" (= Etats-Uniens).

 

Ce qu'il faut faire


Il est bon de rappeler que l'appelation qui doit prévaloir en France est le terme "Canneberge" et que "Cranberry" est un anglicisme. Notons cependant que le mot cranberry a été connu du public français en premier lieu. Pour ne pas perturber le client, mais tout en suivant les recommandations, il est conseillé de mettre le terme français d'abord pour souligner que c'est le terme qui doit être utilisé, avec éventuellement l'appellation anglaise entre parenthèses pour permettre aux clients qui ne connaissent que le terme anglais de s'y retrouver, comme suit : Canneberge (Cranberry), avec le terme anglais de même taille ou en plus petit.

L'avantage de cette typologie est que cela amène un cercle vertueux : les commerciaux et autres entreprises qui regardent systématiquement la concurrence voient le terme français et finissent par le considérer comme en usage, et l'utilisent à leur tour dans leurs sociétés.

 

Une petite anecdote


Au magasin bio, nous vendons des canneberges en vrac. Sur l'ardoise, j'ai noté "Canneberge" et j'ai programmé sur l'ordinateur l'appellation "Canneberge / Cranberry" pour que cela sorte sur le ticket de caisse. Au début, les clients me demandaient des Cranberries et je leur montrais les Canneberge en leur expliquant que cranberry était le mot anglais. Au bout de quelques mois, à peu près tous les clients me demandent des canneberges. Comme quoi, il suffit de peu d'efforts pour changer les choses. Ceci dit, il aurait été plus judicieux (si j'avais eu la place sur l'ardoise) de mettre les deux appellations afin d'être sûr que les clients ne partent pas sans ; ce serait vraiment un problème dans un plus grand magasin genre hypermarché.


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Published by Marc Beaufrère - dans Réflexions sur le français
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commentaires

Emsi 08/02/2017 06:25

Il serait bon que les magazines de cuisine lisent votre article, car s'il est un paramètre de popularisation de "cranberry" aux dépends de "canneberge", c'est bien l'usage du mot anglais dans ces revues grand public (je précise que j'adore cette langue, j'aime bien par exemple quand les français conjuguent "à la française" un mot anglais, comme avec "podcaster"). C'est effarant dans les listes d'ingrédients de recettes : on ne vous dit pas qu'il faut des strawberries ou autres nombreuses "berries" (cauchemar de l'anglophone débutant), mais pour cranberries, on ne s'est pas donné la peine de traduire. Cela dit, je suis d'accord avec votre explication : c'est par l'anglais que ce fruit est arrivé en France, donc je pense que "cranberry" gagnera à la fin. Bien cordialement. Emsi

Marc Beaufrère 08/02/2017 16:59

Peut-être cette situation pourrait-elle changer si les correcteurs d'orthographe soulignaient les mots qui possèdent un équivalent français. On pourrait toujours mettre le mot anglais entre parenthèses si on avait peur que ceux qui connaissent le mot anglais aient un doute en lisant le mot français. Ce sont surtout les personnes avec une bonne maîtrise de l'anglais et sensibilisées qui feront cet effort, donc, oui, je suis assez pessimiste sur l'avenir de canneberge, mais l'avenir nous réserve parfois des surprises. Par ailleurs, je me rappelle d'une publicité télévisée avec un Québecois qui voulait nous vendre des "cranberries" ; sauf que là-bas, pour le coup, ils disent "canneberge", c'est donc un Québecois correspondant à notre imaginaire plus qu'autre chose que l'on a vu. N'hésitez pas à nous suivre sur notre nouveau site / forum : la voix francophone. Salutations francophones !

Jean-Marc Varlet 03/02/2014 14:47


Bonjour Laurent,


Mon intention n'est pas de faire une chasse aux sorcières contre les anglicismes . Vous avez raison d'écrire qu'ils peuvent contribuer à enrichir notre langue et à faciliter une certraine
intercompréhension des langues. Utiliser weeekend ou sandwich n'est pas un problème pour moi!


Cependant , il faut bien admettre que l'introduction de mots nouveaux n'est pas très "democratique" à l'heure actuelle. Les mots nouveaux , issus presque tous de l'anglais , sont introduits par
des milieux influents ( grandes entreprises , publicitaires..) puissants , qui peuvent les répandre facilement par les médias , qu'ils influencent ou qu'ils dirigent. Permettre à une institution
étatique de proposer d'autres mots aux acteurs influents de l'administration (enseignants , chercheurs ,..) et de favoriser leur emploi serait un contre-pouvoir normal. Ensuite, le temps ferait
la part des choses et s'imposeraient les mots que les gens auraient "choisis": phishing ou hameçonnage, marketing ou mercatique , etc....


Ce qui me dérange aussi est le fait de prendre systématiquement le mot anglais sans chercher un équivalent français. Je pense que cela traduit un sentiment d'inféodation des Français par rapport
aux Anglo-saxons.D'ailleurs n'est-il pas symptomatique que vous déploriez le fait que peu de Français puissent communiquer avec des Anglais et non pas l'inverse? Le fait d'être locuteur d'une
langue puissante et répandue excuse-t-il le fait de ne pas apprendre une langue étrangère et d'attendre comme quelque chose de naturel que les autres vous parlent en anglais ? Cela me fait penser
à un état d'esprit plutôt colonianiste.

Laurent 03/02/2014 11:37


Bonjour,


Je me permets de rebondir sur votre échange. En effet, je pense que les anglicismes sont une preuve de la nature vivante de notre langue. Et qu'il n'y a pas à s'offusquer de leur utilisation par
des institutions.


De plus, peut-on espérer que cette utilisation favorise le partage ... Le constat que l'on peut faire c'est que nous, français ne sommes que très peu à pouvoir communiquer avec des anglais par
exemple. Et l'utilisation progressive de mot tel que cranberry (pour canneberge) et un moyen de rendre certain mot familier dans une langue qui l'est pas.


Je suis d'accord qu'il est plus simple pour nous de comprendre scénarimage à storyboard, mais dans le cas de cranberry et caneberge, c'est beaucouo moins évident !


Sur ce, merci de partager vos idées !


A bientôt !

Marc Beaufrère 05/02/2014 17:54



Tout d'abord, merci pour votre commentaire.


Je ne partage pas votre opinion : des centaines de milliers de Français parlent très bien anglais, d'ailleurs plusieurs centaines de milliers vivent dans un pays anglophone (RU, EUA, Irlande
surtout). Au-delà de ça, des millions de Français baragouinent l'anglais suffisament bien pour se faire comprendre, et bien souvent cela suffit pour ce dont on en a besoin. L'inverse (que les
anglophones parlent français) n'est pas aussi répandu !


Pour ceux qui ont "juste" le bac, ils auront fait 6 à 7 d'anglais, plus maintenant quelques années en primaire. Est-ce que tout ce monde-là est voué à parler courrament anglais, et dans quel but
? Bien sûr que non. L'anglais est important professionnellement pour un certain nombre de métiers, pas pour tous. J'en ai longtemps parlé sur ce site, je suis sceptique sur l'efficacité de faire
du tout anglais, je préfèrerais une diversification qui permettrait de s'adresser à davantage de pays. (pour gagner des marchés, la meilleure langue, c'est la langue du client!)


Vous parlez de partage, et le mot ne me paraît pas bien choisi, même si je vois ce que vous voulez dire.


Quant à la présence d'anglicismes en français, il y a plusieurs problèmes qui se posent : leur utilisation massive qui frise la saturation, le fait qu'ils sont moins compréhensibles directement
pour un francophone unilingue et le fait que beaucoup de gens n'ont rien demandé (pour les anglicismes), mais l'ont quand même !


Pour moi, votre commentaire indique que vous êtes convaincu qu'il faudrait maîtriser l'anglais obligatoirement, et que tout ce qui peut le faciliter est une bonne chose, vous ne voyez donc pas le
problème que pose le franglais. Pour moi, parler une langue étrangère est un choix, je parle courrament anglais, mais je n'aime pas le mélange des deux, je trouve ça ridicule, surtout que les
gens qui utilisent des anglicismes le disent avec un accent français et que s'ils le disaient avec l'accent anglais, ça ferait bizarre. Le problème essentiel que pose le franglais est un problème
de cohérence, mais vous n'y êtes peut-être pas encore sensible.


Votre commentaire demanderait une réponse beaucoup plus longue, mais je vous invite à lire d'autres articles sur ce site, j'ai déjà répondu à la plupart des questions que votre commentaire
soulève, et je ne me vois pas tout redévelopper à nouveau de façon personnalisée, je m'en excuse par avance.


Quelques articles qui pourraient vous intéresser :


http://lefrancaisenpartage.over-blog.com/article-quel-est-l-influence-des-fran-ais-travaillant-a-la-city-sur-l-anglicisation-de-la-france-118823117.html


http://lefrancaisenpartage.over-blog.com/article-petition-contre-l-anglicisation-de-l-enseignement-universitaire-116090930.html


Sur certains phénomènes socio-linguistiques, ça devrait vous intéresser :


http://lefrancaisenpartage.over-blog.com/article-francisation-de-notre-environnement-culturel-109470367.html


http://lefrancaisenpartage.over-blog.com/article-l-assimilation-linguistique-3-111999977.html


Enfin, je remarque que le site que vous avez renseigné vend... des canneberges ??!!


 



Varlet Jean-Marc 04/06/2013 12:36


J'ai remarqué les mêmes décalages entre les appellations de sociétés étrangères et françaises que vous pour les mots " scénarimage/storyboard"". Pour des vidéos de dessins animés provenant de
l'étranger , j'ai déjà lu deux fois récemment le mot "scénarimage". Au contraire, les dessins français qui passent sur les chaînes de télévision utilisent le mot anglais!


 "Scénarimage" me parle plus car j'arrive à mieux me représenter le travail derrière ce mot Mais peut-être que cela ne concerne que moi ...


De plus , je ne vois pas comment promouvoir ce mot , à moins d'une forte incitation de la part des pouvoirs publics. Après tout , les écoles qui forment les scénaristes sont souvent
subventionnées par l"Etat et l'on pourrait fortement encourager les professeurs à utiliser des mots français adéquats

Marc Beaufrère 05/06/2013 14:01



Oui, l'explication qui me paraît la plus plausible est que les Français, face au franglais ou aux anglicismes, ne sont pas gênés par cette intrusion d'un vocable étranger car ils n'en connaissent
pas l'équivalent et n'ont pas le réflexe d'en chercher un (ou d'en créer un). En ce qui me concerne, c'est quand j'aimerais qu'il y en ait un de déjà créé que je cherche pour voir d'abord s'il
existe un mot. Des fois, j'en trouve un pour lequel je n'avais pas fait le lien avec l'anglicisme (c'est rare) ou alors je prend mon dico bilingue (rare aussi) ou le site FranceTerme ou
maintenant celui du dictionnaire terminologique de la langue française. On ne se rend pas compte du rôle que l'on peut avoir autour de soi ; il suffirait de deux ou trois milliers de personnes
averties en France qui interpellent les entreprises utilisant un anglicisme dans l'appelation de leurs produits ou leur description, et assez vite, des nouveaux termes d'imposeraient. On pourrait
imaginer de fournir aux professeurs de français (lettres modernes, pardon, ou lettres classiques) des outils législatifs afin de pouvoir interpeller les entreprises et de pouvoir saisir la
justice de manière simplifiée. Les professeurs de français sont sans doute le public le plus averti en la matière, il suffit juste de leur donner des outils et je crois que certains se feraient
un plaisir de sévir. On pourrait aussi mettre un place un module d'une heure ou deux dans leurs formations pour leur donner ces outils (sites internet utiles pour un signalement en ligne,
organismes à saisir, lettres toutes prêtes). Je rejoins votre remarque sur les écoles qui forment les scénaristes. Le plus efficace est d'agir par là où arrivent les anglicismes et où ils sont
transmis. Un professeur forment des centaines de personnes par an (100-200 pour un prof de collège / lycée environ), ce qui a un impact énorme puisque les élèves eux-mêmes réutilisent le
vocabulaire et le propagent autour d'eux. Il faut trouver des moyens de court-circuiter cela en donnant des outils pour ça.


Quant aux entreprises étrangères, comme je le disais, beaucoup doivent consulter des dictionnaires (réflexe inutile pour les Français qui pensent que les mots qu'ils ont entendu sont corrects),
si bien qu'ils tombent sur le terme français.


Concernant story-board, je connaissais effectivement le mot sans trop savoir ce qu'il voulait dire. Scénarimage parle en effet davantage même s'il manque dans les deux langues l'évocation du
domaine auquel il s'aplique, l'audiovisuel, ce qui ne permet pas d'accéder directement au sens. Cependant, une fois expliqué, on accède vite au sens à partir du mot français, tandis que le filtre
de la langue obscurcit le sens en anglais.